Un autorail au loyal service...

Bien qu’assurant le cyclo-train depuis peu, l’autorail Billard A-150-D transporte avec lui une longue histoire de bons et loyaux services.

Tout d’abord, notons qu’autorail ou automotrice sont les termes employés pour les matériels roulants auto-tracteurs. C’est-à-dire que moteur et passagers se trouvent dans le même élément. On préférera le terme de « rame tractée » pour les trains dont les locomotives, éléments moteurs du train, sont détachées des wagons ou voitures, comme c’est le cas sur notre Mastrou ou le Train des Gorges ! L’autorail est divisé en deux avec un compartiment moteur muni d’un poste de conduite à une extrémité, et d’un espace pour accueillir 44 passagers à l’autre, ainsi qu’un second poste de conduite, évitant de ce fait la tâche complexe de devoir retourner l’autorail pour conduire dans l’autre direction.

Les autorails sont arrivés sur les réseaux des Chemins de Fer Départementaux (CFD) dès 1924. Si les premières unités testées étaient pétroléo-électriques, c’est-à-dire munies de moteur à essence servant à entrainer des moteurs de traction électriques, du système Crochat, les longues séries suivantes seront entièrement diesel et viendront des célèbres constructeurs De Dion-Bouton et Billard.

En 1925, le réseau d’Indre-et-Loire Sud s’est vu livrer trois autorails du type A-135-D tandis que la Corse a reçu un premier A-210-D. Dans le jargon Billard, le « A » renvoie à « automotrice », le « D » au moteur diesel et le numéro indique la puissance de leur moteur en chevaux. Le A-150-D est né d’une hybridation de ces deux modèles qui ont satisfait les CFD. Il constitue une série de neuf unités dont six étaient destinées à la Corse et trois au Vivarais, livrées entre mai et juillet 1938 et numérotées 211, 212 et 213.

Le numéro 214 est quant à lui arrivé le 5 avril 1940 avec une commande d’automotrices articulées, les A-150-D2. Pour l’anecdote, au moment de la livraison, il avait été numéroté 225 par erreur, les matériels articulés portant, eux, les numéros 221 à 224. Arrivé au Vivarais, il a donc été renuméroté 214 à la suite de ses trois grands frères, avant d’être mis en service le 28 mai 1940. Contrairement aux trois précédentes unités, il n’est pas doté de moteurs CLM qui souffraient d’avaries fréquentes, mais d’un moteur Berliet.

Malheureusement, l’arrivée de la Seconde Guerre Mondiale freine grandement l’exploitation de cet autorail presque sorti d’usine, le gazole devenant quasiment introuvable. Il fait un bref passage en Lozère entre juillet 1961 et juin 1967, réseau voisin du Vivarais, également exploité par les CFD et administré depuis Le Cheylard. A la suite de la fermeture du réseau du Vivarais le 31 octobre 1968, la ligne Tournon-Lamastre est transformée en réseau touristique. Fidèle au poste, le 214 continue de desservir la ligne en transportant les voyageurs qui souhaitent visiter la région.

Aujourd’hui, le A-150-D n°214 assure le Cyclo-Train, accompagné de sa remorque à vélos à l’histoire non moins intéressante.

Fig. 1: La remorque n°33 en queue de l’autorail Billard A-150-D n°214 lors de la première circulation du Cyclo-Train de la saison 2026 (Charlotte Grinnaert, 1 mai 2025).

Suivi de sa remorque au passé chargé

Les autorails Billard mis en service dans les années 1930 sont accompagnés de remorques adaptées et fournies par le même constructeur. Ainsi, les remorques R-210-D viennent en renfort aux autorails A-210-D en service en Corse, mais aussi aux A-150-D des autres réseaux, pouvant accueillir 28 personnes et 2 tonnes de bagages. Le « R » signifie ici « remorque ». On distingue le type A, équipé de toilettes et le type B, sans toilettes.

De ce second type, dont seulement sept exemplaires ont été construits, trois sont affectées en Charente. Numérotées 1, 2 et 3, elles sont livrées le 6 août 1937 et y servent jusqu’à la fermeture du réseau en 1951. Elles sont alors envoyées sur le réseau du Vivarais où elles deviennent les remorques 11, 22 et 33. En effet, les CFV avaient déjà acquis les remorques R 210 n°1, 2 et 3 de type A lors d’une commande groupée avec la Corse datant du 2 septembre 1936. Tandis que les remorques 11 et 22 sont toujours à Lamastre (la n°22 attendant aujourd’hui une possible remise en service), la n°33 quitte l’Ardèche en mars 1969 après la fermeture du réseau et rejoint les Chemins de fer de Provence, ou C.P.

D’abord réimmatriculée RL-7, elle subit une totale métamorphose aux Etablissements Garnero en juillet 1978. Vidée de ses sièges pour accueillir pleinement marchandises bagages et munie de portes coulissantes, sa carrosserie est entièrement refaite pour s’accorder aux nouveaux autorails aux formes plus géométriques : les X-2000.

Les transformations se poursuivent entre 1989 et 1995 aux ateliers de Lingostière, près de Nice, puisque sa caisse est reconstruite et se voit munie de portes à rideaux, toujours fonctionnelles ! Elle est renommée entre temps XR-1337.

Son chapitre en Provence s’achève lorsque le 17 juin 2025, la n°33 ou RL-7 ou encore XR-1337 retrouve ses sœurs à Lamastre ! Repeinte dans la livrée CFD rouge et grise, elle assure pour la première fois le 1er mai 2026 le transport des vélos sur le Cyclo-Train !

Fig. 2: La XR-1337 à Lamastre, encore dans sa dernière livrée des C.P. (FG, 27 juillet 2025).

Article rédigé par Charlotte Grinnaert

Bibliographie :

  • Bejui, Pascal et al. Le Réseau du Vivarais au temps des CFD. Édition La Régordane, 2008.
  • Dupuis, Matthieu. « VM CFD Vivarais autorail Billard 214 – CFV (Vivarais). » Patrimoine Ferroviaire, 14 septembre 2023, https://www.patrimoine-ferroviaire.fr/vm-cfd-vivarais-autorail-billard-214/. Consulté le 18 juin 2026.
  • Dupuis, Matthieu. « VM CFD Charentes remorque XR-1337 – CFV (Vivarais). » Patrimoine Ferroviaire, 20 mai 2026, https://www.patrimoine-ferroviaire.fr/vm-cfd-charentes-remorque-xr-1337/. Consulté le 14 juin 2026.
  • Riffaud, Jean-Claude. « Quatre-vingts ans de traction sur les C.F.D. du Vivarais et de la Lozère. » Chemin de Fer Régionaux et Urbains, n°125, 1974, pp. 47-50.
  • Riffaud, Jean-Claude. « Les Automotrices Billard. » Magazine des Tramways à Vapeur et des Secondaires, n°24, 1982, pp. 39-40.
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