Du Dauphiné au Vivarais, l'incroyable parcours du Brissonneau T-66
Issu d’une série de dix locomotives diesel-électrique, dotées de moteurs Renault de 600 chevaux, fabriquées en 1949 par les constructeurs Brissonneau & Lotz basés à Creil dans l’Oise et dont quatre furent envoyées en Provence, quatre dans le Dauphiné et deux en Corse, l’histoire du T-66 a commencé sur les VFD, les Voies Ferrées du Dauphiné.
Figure 1: Le T2, frère du T1 et dans la livrée d’origine des VFD avec l’emblématique moustache jaune (auteur inconnu, 1964).
Il est à ce jour le dernier locotracteur Brissonneau encore en service.
Immatriculé T1 à l’époque, « T » pour « tracteur », il y aura servi jusqu’en 1964, année de fermeture de la ligne. Il est par la suite mis de côté dans un dépôt en Isère.
En avril 1979, il est racheté par les Chemins de fer du Jura et commence alors son service en Suisse où il change de livrée et se voit rematriculé Gm 4/4 508. Le « G » signifie « locomotive », tandis que le « m » fait référence à son moteur diesel et « 4/4 » à ses quatre essieux, tous moteurs, tout comme la désignation « 4×4 » en automobile !
Figure 2: Le Gm 4/4 508 dans sa première livrée des CJ à Tramelan (Hp. Teuschmann, juillet 1984).
Quelques mois plus tard, il est prêté aux Chemins de fer des Montagnes neuchâteloises, les CMN, établies dans le canton suisse du même nom et ouverts en 1947. Il accompagnera ce réseau dont il a presque l’âge jusqu’à sa clôture en 1999, mais sans prendre le temps d’être remisé, il est ramené en France pour les Chemins de fer de Provence, ou C.P.
Là-bas, il rejoint le Brissonneau T-62, dernier de ses quatre cousins provençaux encore actif, le T-64 ayant été muté en Corse en 1964 pour y devenir le 403. Notre Gm 4/4 508 retrouve par la même occasion les traces de son frère des VFD, le T3 venu remplacer le T-64 l’année de sa mutation et depuis devenu T-65, mais malheureusement détruit entretemps. C’est là que le Gm 4/4 508 devient enfin le T-66 !
Figure 3: Le Gm 4/4 508 dans sa livrée suisse rouge à Tramelan (Hans-Joachim Ströh, 18 mai 1993).
L’an 2000 arrive, accompagné pour le T-66 d’une remotorisation assurée par l’entreprise Locotract à Arles. Il change également de tête puisque deux des trois fenêtres de ses postes de conduites fusionnent pour donner une meilleure visibilité au mécanicien. En 2002, le T-62 subit des opérations similaires et perd quant à lui sa porte centrale qui permettait l’intercirculation entre le poste de conduite et sa rame tractée, une caractéristique typique de ces locotracteurs Brissonneau des C.P.
Tous ces travaux de modernisation n’empêchent toutefois pas le T-66 de se voir réformé au milieu des années 2010 et d’être remisé au dépôt à Lingostière, à côté de Nice.
Figure 4: Le T-66 modernisé, en livrée provençale à Lingostière (auteur inconnu, année inconnue).
Il est finalement cédé au Chemin de Fer du Vivarais et arrive à Lamastre le 20 octobre 2022, accompagné de son cousin, le T-62, qui servira de donneur d’organes nécessaires à sa remise en service.
Conservant son numéro des C.P., repeint dans sa livrée d’origine des VFD et souvent en tête de voitures d’origine suisse, le T-66 transporte avec lui une histoire patrimoniale et géographique importante. Témoin de nombreuses fermetures de réseaux secondaires à voie métrique, il s’inscrit désormais dans la longue et palpitante histoire du Chemin de Fer du Vivarais et de l’Ardèche.
Le saviez-vous ? Le T-66 n’aurait pas pu rouler sur le réseau du Vivarais à l’époque de son exploitation par les Chemins de Fer Départementaux il y a 80 ans ! Il aurait été en effet trop lourd pour la voie posée pour des matériels légers ! Celle-ci a été entièrement refaite depuis l’utilisation touristique de la ligne, en réutilisant notamment des rails anciennement sur la ligne PLM, Paris à Lyon et la Méditerranée, plus solide et capable de supporter des matériels des grandes lignes de chemin de fer et donc plus lourds, soit l’idéal pour notre fameux T-66 !
Figure 5: Le T-66 en tête du Train des Gorges en gare de Colombier-le-Vieux (Charlotte Grinnaert, 2 juin 2026).
Article rédigé par Charlotte Grinnaert
Bibliographie:
- Dupuis, Matthieu. « VM second. diesel T-66 – CFV (Vivarais). » Patrimoine Ferroviaire, 6 octobre 2024, https://www.patrimoine-ferroviaire.fr/vm-second-diesel-t-66/. Consulté le 18 juin 2026.