La ligne

C’est en 1878 que le ministre des Travaux Publics, Charles de Freycinet, lance un grand programme national de développement des transports. A cette époque, les grandes compagnies comme le PLM, de Paris à Lyon et la Méditerranée, ont prioritairement desservi les grandes villes délaissant les dessertes régionales considérées comme moins rentables. Pour notre ligne, c’est la compagnie CFD, Chemins de Fer Départementaux, qui est retenue par l’Etat et l’écartement des rails est fixé à 1 mètre (contre 1 mètre 435 pour l’écartement standard). Le choix de la voie métrique est considéré comme le meilleur compromis entre économie de construction et capacité de transport.

Les travaux débutent en 1886 et mobilisent plus de 1000 ouvriers pendant 5 ans ! Beaucoup sont ardéchois et s’expriment alors en patois. Pour désigner le train, ce nouveau moyen de transport qu’ils n’ont encore jamais vu, ils parlent de « Lou Mastrou », ce qui signifie « celui de Lamastre ». Depuis cette époque, le train qui va à Lamastre est surnommé « le Mastrou » ! Le tracé sinueux a nécessité de nombreux ouvrages d’art bâtis pour accrocher la voie ferrée contre la paroi rocheuse. Elle remonte la vallée du Doux et constitue le seul moyen d’en admirer les paysages.

Le 12 juillet 1891, la ligne reliant à l’origine Tournon-sur-Rhône et Lamastre est inaugurée en présence des hautes personnalités dont deux ministres. Les fêtes commencèrent par des salves d’artillerie. Les invités participants aux différents banquets dressés à chaque arrêt, avec accueil en fanfare et discours républicains, le train inaugural mettra ce jour-là 4 heures 30 pour atteindre Lamastre ! 

En juillet 1891, les trains commencent à circuler au rythme de 3 aller-retours quotidiens de Tournon à Lamastre. Les locomotives remorquent des trains mixtes ; c’est-à-dire que wagons de marchandises et voitures de voyageurs sont attelés dans le même convoi. Très vite, le trafic dépasse toutes les prévisions, notamment pour l’expédition du bois, et de nouvelles locomotives plus puissantes sont commandées par les CFD. En 1903, la ligne est prolongée au-delà de Lamastre et rejoint la vallée de l’Eyrieux, au Cheylard, puis monte jusqu’à Saint Agrève, à 1000 mètres d’altitude, avant de redescendre vers le Puy-en-Velay par Yssingeaux, sous-préfecture de la Haute-Loire. Le réseau du Vivarais totalise alors 200 kilomètres de voie métrique reliant directement le Rhône et la Loire en traversant les Monts d’Ardèche.

Malgré l’arrivée progressive des autorails et de quelques locotracteurs diesel, les locomotives à vapeur restent en service jusqu’en 1968 lorsque la ligne est finalement fermée sur décision ministérielle, jugée trop déficitaire. Mais contre toute attente, des passionnés s’engagent rapidement pour sauver le Mastrou et, depuis 1969, notre ligne est réservée aux voyages touristiques.